L’accord du participe passé
Les conjugaisons à la forme passive et celles aux temps composés impliquent nécessairement la présence d’un participe passé. Nous fournissons ci-après les principes généraux de l’accord traditionnel du participe passé. Nous signalons aussi la réforme de l’accord du participe passé, qui généralise les règles de base en éliminant les exceptions. Cette réforme en cours dans la francophonie est recommandée par beaucoup d’organismes, dont le Conseil international de la langue française et la Fédération internationale des professeurs de français.
Accord du participe passé avec être
Le participe passé d’un verbe non pronominal conjugué avec être s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. Cette règle ne comporte pas d’exceptions.
Exemple :
- Les feuilles sont tombées par terre.
Accord du participe passé avec avoir
Le participe passé conjugué avec avoir s’accorde traditionnellement en genre et en nombre avec le complément direct placé devant. La réforme de l’accord du participe passé autorise à laisser toujours invariable le participe passé conjugué avec avoir, qu’il y ait un complément direct placé devant ou non.
Exemples traditionnels :
- Les décorations, elle les a vues.
- Je connais les gens qu’elle a vus.
Exemples selon la réforme :
- Les décorations, elle les a vu.
- Je connais les gens qu’elle a vu.
Si le complément direct est placé après le verbe, il n’y a pas d’accord du participe.
Exemples :
- Elle a vu ces gens.
- Elle a visité plusieurs sites archéologiques.
En l’absence de complément direct, le participe passé reste également invariable.
Exemples :
- Elle a dormi.
- Elle a parlé à ses amis.
Accord du participe passé des verbes pronominaux
Même si les verbes pronominaux se conjuguent avec l’auxiliaire être, la règle traditionnelle de l’accord du participe passé dans ce contexte nécessite une analyse des compléments du verbe.
Si le verbe pronominal a un complément direct, le participe passé s’accorde traditionnellement en genre et en nombre avec le complément direct placé devant le participe. La réforme de l’accord du participe passé rend la règle plus régulière : elle autorise toujours l’accord en genre et en nombre avec le sujet du participe conjugué avec être (pronominal ou non).
Exemples traditionnels :
- Les promesses qu’ils se sont faites.
- Elle s’est blessée.
Exemples selon la réforme :
- Les promesses qu’ils se sont faits.
- Elle s’est blessée.
Si le complément direct est placé après le verbe, le participe passé est traditionnellement invariable. Il s’agit donc de la même règle qu’avec avoir. Cependant, puisque le participe est conjugué avec être, et non avec avoir, la réforme régularise et autorise l’accord en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples traditionnels :
- Ils se sont fait des promesses.
- Elle s’est blessé la jambe.
Exemples selon la réforme :
- Ils se sont faits des promesses.
- Elle s’est blessée la jambe.
En l’absence de complément direct, le participe reste traditionnellement invariable uniquement si le pronom réfléchi est un complément indirect. Cependant, puisque le participe est conjugué avec être, la réforme autorise l’accord en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples traditionnels :
- Ils se sont menti (on ment à quelqu’un).
- Elles se sont parlé (on parle à quelqu’un).
Exemples selon la réforme :
- Ils se sont mentis.
- Elles se sont parlées.
Si le pronom réfléchi n’est pas un complément indirect, il est sans fonction logique et le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples :
- Ils se sont enfuis.
- Ils se sont méfiés d’elle.
- La soirée s’est déroulée normalement.
Note : Seulement six verbes pronominaux ne respectent pas cette règle d’accord. D’une part, se complaire, se déplaire, se plaire et se rire sont traditionnellement toujours invariables, même lorsque le pronom réfléchi est sans fonction logique. Cependant, puisque le participe est conjugué avec être, la réforme autorise l’accord en genre et en nombre avec le sujet.
Exemples traditionnels :
- Ils se sont complu à ne rien faire.
- Ils se sont ri du danger.
Exemples selon la réforme :
- Ils se sont complus à ne rien faire.
- Ils se sont ris du danger.
D’autre part, le participe passé du verbe s’écrier et celui de s’exclamer s’accordent toujours avec le sujet, peu importe l’analyse.
Exemples :
- Elle s’est écriée qu’il ne fallait pas sortir.
- Elles se sont exclamées de joie.
Accord du participe passé suivi d’un infinitif
Pour l’accord du participe passé suivi d’un infinitif, cela dépend traditionnellement de la place du complément direct et du sens de la phrase. Le complément direct du participe passé doit être placé avant celui-ci et faire l’action exprimée par l’infinitif. La réforme ne tient pas compte de ces nuances et autorise à laisser toujours invariable le participe passé conjugué avec avoir.
Exemples traditionnels :
- Les enfants que j’ai entendus chanter (le complément direct que, mis pour les enfants, fait l’action exprimée par l’infinitif).
- Les chansons que j’ai entendu chanter (le complément direct que, mis pour les chansons, ne fait pas l’action exprimée par l’infinitif).
Exemples selon la réforme :
- Les enfants que j’ai entendu chanter.
- Les chansons que j’ai entendu chanter.
Note 1 : Le participe passé fait suivi d’un infinitif reste invariable.
Exemple :
- Les enfants que j’ai fait manger..
Note 2 : Les rectifications orthographiques (RO) recommandent que le participe passé laissé suivi d’un infinitif reste également invariable.
Exemple :
- Les enfants que j’ai laissé dormir.
Accord du participe passé lorsque le complément direct est le pronom en
Lorsque le complément direct est le pronom en, le participe passé reste généralement invariable, malgré le fait que le complément représente parfois un groupe du nom féminin ou pluriel.
Exemple :
- Des pommes, j’en ai mangé.
Les verbes classés transitifs directs, transitifs indirects ou intransitifs
Seuls les verbes classés transitifs directs (notés v. tr. dir. dans le dictionnaire Usito) peuvent être accompagnés d’un complément direct, que ces verbes soient pronominaux ou non.
Les verbes classés transitifs indirects ou intransitifs (notés v. tr. indir. ou v. intr. dans le dictionnaire Usito) n’ont jamais de complément direct. Puisqu’aucun complément direct ne les accompagne, le participe passé de ces verbes est toujours invariable s’il est conjugué avec avoir : ces verbes n’auront jamais de complément direct placé devant.
La forme et la place du complément direct
La présence du complément direct et la place qu’il occupe sont décisives pour l’accord traditionnel du participe passé, que le verbe soit conjugué avec avoir ou qu’il soit pronominal. La réforme de l’accord du participe passé, pour sa part, ne tient plus compte de la place du complément direct : elle autorise à toujours laisser invariable le participe passé conjugué avec avoir, et à toujours l’accorder avec le sujet s’il est conjugué avec être.
Traditionnellement, si le complément direct est placé devant, le participe passé s’accorde. Le complément aura nécessairement l’une de ces formes : le, la, l’, les, que, qu’, me, m’, te, t’, se, s’, nous, vous, qui, lequel, laquelle, lesquels, lesquelles, combien de…, que de…, quel…, quelle…, quels…, quelles…
Exemples traditionnels :
- Ses vêtements, elle se les est confectionnés.
- Voici les droits qu’elle s’est arrogés récemment.
- Quels gants a-t-elle achetés?
Exemples selon la réforme :
- Ses vêtements, elle se les est confectionnée.
- Voici les droits qu’elle s’est arrogée récemment.
- Quels gants a-t-elle acheté?
Si le complément direct suit le verbe, le participe passé est traditionnellement invariable. Ce complément direct placé après le verbe peut prendre la forme d’un groupe du nom ou d’un pronom, ou encore d’une infinitive ou d’une phrase subordonnée. Peu importe sa forme, si le complément direct est placé après le verbe, le participe passé est traditionnellement invariable. Cependant, la réforme autorise l’accord avec le sujet des participes passés des verbes pronominaux, puisqu’ils sont conjugués avec être.
Exemples avec avoir :
- Elle a acheté des gants.
- Vous m’avez demandé quelque chose.
- Voici les photos que vous m’avez demandé d’apporter.
- Voici les photos que vous avez demandé que je vous apporte.
- Voici les livres qu’elle m’a dit souhaiter vous remettre.
Exemples avec être traditionnels :
- Elle s’est confectionné des vêtements.
- Elle s'est arrogé des droits.
- Voici les documents qu’elle s’était juré de ne pas oublier.
Exemples avec être selon la réforme :
- Elle s’est confectionnée des vêtements.
- Elle s'est arrogée des droits.
- Voici les documents qu’elle s’était jurée de ne pas oublier.
Le complément direct peut même être sous-entendu. Dans ce cas, le participe passé est aussi invariable, puisqu’on le suppose après le verbe.
Exemples :
- Il nous a donné toutes les informations qu’il a pu (nous donner).
- Ma sœur n’a pas obtenu les excellentes notes que nos parents auraient voulu (qu’elle obtienne).
Verbes pour lesquels il importe de distinguer le complément direct du complément de mesure
Certains verbes, tels que coucher, courir, coûter (ou couter, selon les rectifications orthographiques), mesurer, peser, souffrir, valoir, vivre, etc., peuvent avoir tantôt un complément direct, tantôt un autre type de complément (de mesure).
Il faut bien distinguer ces deux types de compléments. On accorde traditionnellement le participe passé uniquement avec le complément direct.
Exemples :
- Les huit marathons que j’ai courus.
- Les cinq kilomètres que j’ai couru.
- Les dix minutes que j’ai couru.
- Les fruits que j’ai pesés au marché.
- Les trois kilos que j’ai pesé à ma naissance.
- Les émotions que j’ai vécues avec toi.
- Toutes ces années que j’ai vécu avec toi.
Verbes pour lesquels il importe de porter attention au complément se rapportant à un autre verbe
Avec écouter, emmener, entendre, envoyer, sentir, voir, etc., il faut cerner le complément direct qui se rapporte au verbe. Le participe passé sera invariable si un pronom complément à gauche du participe est en fait le complément direct d’un autre verbe.
Exemple traditionnel :
- Les aliments que j’ai vu manger [= j’ai vu (quelqu’un) manger les aliments].
Dans cet exemple, le pronom que, mis pour les aliments, est le complément direct de manger, et non de ai vu. Tel que la règle générale traditionnelle le prescrit, le participe passé s’accordera uniquement si le pronom de gauche est bel et bien le complément direct du verbe conjugué. Cependant, la réforme de l’accord du participe passé autorise plus simplement à le laisser toujours invariable avec avoir.
Exemple traditionnel :
-
Les clients que j’ai vus manger [= j’ai vu les clients manger = j’ai vu les clients qui mangeaient].
Exemple selon la réforme :
-
Les clients que j’ai vu manger.
Accord du participe passé des verbes impersonnels
Le participe passé des verbes impersonnels ne s’accorde traditionnellement presque jamais, puisqu’il n’est presque jamais accompagné d’un complément direct. Le verbe est plutôt accompagné d’un complément du verbe impersonnel, appelé aussi sujet réel.
Exemples :
- Les preuves qu’il a fallu.
- Les choses qu’il s’est passé.
- Les évènements qu’il y a eu.
Le pronom qu’ mis pour les preuves ou les choses ou les évènements n’est pas un complément direct, mais le sujet réel. Comme le veut la règle générale traditionnelle, il n’y a pas d’accord, puisqu’il n’y a pas de complément direct dans ces exemples. On trouvera cependant un complément direct en plus du sujet réel dans l’exemple suivant (rare). Mais la réforme ne tient pas compte de la présence ou non d’un complément direct devant, et laisse le participe invariable.
Exemple traditionnel :
- Il nous a amusés de vous voir.
Exemple selon la réforme :
- Il nous a amusé de vous voir.